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Dernier(e) feuille(t) d'automne

Dimanche 30 octobre, 15h église Saint-Maximin, 68 rue Mazelle-Metz CONFÉRENCE D'YVES ROULLIÈRE Le chemin sans retour La responsabilité de la personne engagée selon Emmanuel Mounier

Que l’action auprès des hommes, à savoir l’engagement, soit considérée comme la plénitude de la pensée, ne nous étonne plus, nous paraît même assez banale. Or, à l’époque d’Emmanuel Mounier (1905-1950), dans un contexte « de frousse morose et de pédantisme gelé », l’être humain ne se vivait plus que comme individu entre les mains des deux matérialismes : le capitalisme et son envers le marxisme. Défendre la personne, soit l’être en libre relation avec autrui et avec l’univers, en tant qu’il est voué à s’inscrire dans les choses du monde, de la cité, était nouveau, ou redevenu soudain nouveau. Mounier n’affirmait-il pas en 1944 :« Ceux qui, une fois pour toutes, ont choisi de se barricader dans une tour d’ivoire n’ont guère de droits à ponctuer ces hésitations d’une ironie sans risque. Ceux qui ont choisi, une fois pour toutes, de s’embrigader sans regarder ce qu’ils écrasent, ont la position tout aussi confortable et le sarcasme tout aussi déplacé. Le choix le plus incommode, le seul qui convienne à l’intelligence, est de servir en même temps que de rester lucide. Je ne sache pas qu’il soit tellement couru. » Ce qui a toujours frappé les contemporains de Mounier, c’est combien celui-ci tenait parole, même dans les zones les plus grises, les plus complexes, les plus obscures du monde où l’on doit malgré tout s’engager. L’un de ses proches le définissait comme le recteur, à savoir « celui qui conseille, qui redresse et qui juge, celui qui affermit ». Il ajoutait : « Et plus les choses semblaient se brouiller, plus on regardait vers lui, vers sa lucidité rigoureuse et souriante. » Heureuse coïncidence: la revue Esprit fête en ce mois d'octobre ses 90 ans. Mounier l'a fondée comme le laboratoire d'un "personnalisme communautaire", avec pour ambition de "refaire la Renaissance" et pour seule conviction: "La révolution sera spirituelle".

Yves Roullière est essayiste. Il est spécialiste de l’œuvre d’Emmanuel Mounier dont il a édité les Entretiens (1926-1944) (avec Bernard Comte, PUR, 2017) et dont il dirige l’édition des Œuvres complètes qui comptera sept volumes (le premier a paru aux PUR en 2021). Il est par ailleurs vice-président de l’Association des Amis d’Emmanuel Mounier. Intermèdes musicaux: "Prélude, fugue et variation" de César Franck par Philippe Delacour.


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